L'escalier de l'articulation
- Andree-Anne Morrissey
- Jul 26, 2025
- 5 min read
Pour les parents, l'idée de pratiquer l'articulation à la maison peut sembler intimidante. Par où commencer? Que faire ensuite? Quelles activités seraient les plus efficaces? Voici ce que je dis souvent aux parents :
L'escalier de l'articulation
En orthophonie, il existe le concept de l'« escalier de l'articulation » qui aide à déterminer par où commencer et où aller. Les informations ci-dessous sont particulièrement adaptées aux enfants présentant des difficultés phonologiques. Les enfants présentant des difficultés motrices de la parole auront souvent besoin de modifications à cette approche. Veuillez consulter votre orthophoniste avant d'utiliser les stratégies ci-dessous.

Comme pour toute compétence, vous devez commencer petit (et par le bas) et progresser graduellement. Voici à quoi cela ressemblerait pour la parole :
Isolement : cela signifie cibler le son seul. Cela permet à l'enfant d'associer un nom au son cible et fournit une base sur laquelle construire des mots et des phrases plus longs. Cela vous permet également de donner un commentaire spécifique sur ce que l'enfant fait bien ou ce qu'il doit améliorer.
Syllabe : une fois que l'enfant est capable de produire le son cible de manière isolée, ajoutez une voyelle avant ou après le son cible. À ce stade, l'enfant commence à apprendre comment passer au son cible et en sortir.
Mot : L'étape suivante consiste à intégrer le son cible dans des mots. C'est là que les choses commencent à se compliquer, car plusieurs éléments doivent être pris en compte.
La longueur et complexité du mot : Commencez par des mots courts et simples. Passez progressivement à des mots plus longs et plus complexes.
L'emplacement du son cible dans le mot : en fonction de la longueur du mot, le son cible peut apparaître au début (position initiale), au milieu (position médiane) ou à la fin (position finale). Dans certains cas, le son peut même apparaître à plusieurs endroits dans le mot. Vous pouvez choisir de:
Maîtriser le son cible dans toutes les positions avant de passer à l'étape suivante.
Maîtriser le son cible dans une position, puis passer aux étapes suivantes. Revenez ensuite au niveau du mot dans une position différente, puis remontez l'échelle.
La présence de d'autres sons difficiles : lorsque vous choisissez le vocabulaire cible, soyez conscient des autres sons avec lesquels votre enfant peut avoir des difficultés.
Phrase courte : Après les mots, nous commençons par des combinaisons de deux mots ou des phrases porteuses. Les phrases porteuses sont des phrases courtes qui restent les mêmes, tandis que le mot cible change. Il s'agit de phrases telles que « Je vois un ___ » ou « Je veux un ___ ». Commencez par un deuxième mot constant, car cela nécessite moins de ressources cognitives et permet à l'enfant de se concentrer davantage sur le son/mot cible. Une fois que cela est maîtrisé, ajoutez un peu de variabilité dans les phrases. Par exemple, le mot supplémentaire peut être une couleur ou un adjectif qui change avec chaque mot cible.
Phrase longue : À mesure que l'enfant maîtrise ces phrases, continuez à ajouter un ou deux mots et à augmenter la complexité de la phrase, gardant l'attention sur le son cible.
Lecture : Bien sûr, cela ne s'applique qu'aux enfants en âge de lire, sinon vous pouvez passer à l'étape suivante. La lecture permet à l'enfant de produire le son cible dans un contexte structuré, qui n'est pas répété. Les phrases varieront en longueur et ne contiendront pas toutes le son cible. Cela dit, elles fourniront un repère visuel indiquant quand produire le son cible. Pour faciliter cela, le son cible peut être surligné ou écrit dans une couleur différente afin de le faire ressortir.
Conversation structurée : à ce stade, l'enfant est conscient qu'il va se concentrer sur son son. Une conversation peut être structurée en s'articulant autour d'un mot cible ou en racontant une histoire ou un film.
Conversation non structurée : C'est l'étape la plus difficile : la conversation spontanée. Elle est difficile car l'enfant ne réfléchit pas activement à son discours. Dans mon prochain blog, j'aborderai les stratégies permettant de généraliser cette compétence d'un contexte structuré à un contexte non structuré.
Lorsque votre enfant passe d'une étape à l'autre, vous constaterez peut-être qu'il recommence à faire les mêmes erreurs. Ne vous découragez pas! C'est tout à fait normal. Votre enfant pourrait avoir besoin d'aides visuelles et/ou de pauses pour acquérir les compétences nécessaires à cette nouvelle étape. Il ne s'agit pas de paresse ou d'entêtement. L'enfant n'est pas prêt à passer aux étapes suivantes et revient donc à sa façon habituelle de prononcer le mot.

Un exemple:
Tina travaille sure le son /k/:
Isolement : k
Syllabe : kee, koo, ko, ka, ak, eek, ook, uk, ik
Mot : quatre, coup, cape, canard, chaque, lac
Souvent, les enfants qui ont du mal à prononcer le son /k/ le prononcent comme un /t/. Par conséquent, faites attention aux mots tels que « quatre », « tic », « tuque », etc., qui contiennent à la fois le /t/ et le /k/. Gardez-les pour plus tard, lorsque l'enfant sera capable de prononcer le /k/ de manière plus régulière au niveau des mots. Supposons que Tina ait également des difficultés avec le son /r/. Lorsque vous travaillez sur des mots tels que « quatre », « cour » ou « corps », concentrez-vous uniquement sur un son. Dans cet exemple, nous nous concentrerions sur le son /k/. Ainsi, si Tina prononce « couw » au lieu de « cour » et prononce correctement le son /k/, nous pourrions la féliciter en lui disant : « J'ai entendu ton /k/ au début! Bravo! ». Demander à l'enfant de produire correctement les deux sons alors qu'elle est encore en train de les apprendre lui demande un effort cognitif considérable et Tina a peu de chances d'y parvenir.
Phrase courte: J'ai un quatre, j'ai un corps, je vois un compagnon
Tina pourrait commencer à dire « j'ai un tatre ». Il pourrait être utile de placer trois blocs devant elle. Un bloc correspond au mot « j'ai», un autre pour "un" et un dernier pour « quatre ». Lorsque Tina pointe chaque bloc en prononçant le mot, cela pourrait la ralentir suffisamment pour lui donner le temps de placer sa langue dans la bonne position afin de produire le son correctement. Elle pourrait également bénéficier d'un repère visuel pour faire une pause entre les mots et/ou d'un repère tactile au sommet de sa gorge pour lui rappeler d'utiliser l'arrière de sa langue pour produire le son /k/. À mesure que Tina progresse à ce niveau, nous pouvons raccourcir les pauses ou retirer les blocs. Ceux-ci peuvent être réintroduits si nécessaire.
Phrase longue : Je compte quatre petits canard. Je vais jouer avec mes camarades. Je fais des tours sur ma bicyclette.
Lecture : Lire un livre comme "Le vilain petit canard".
Conversation structurée : Tina discute le livre que vous venez de lire.
Conversation non-structurée : Tina vous raconte ce qu'elle et son amie Katia ont fait à l'école.

À retenir :
Commencez doucement et progressez petit à petit. Il est normal de faire quelques pas en arrière à mesure que vous avancez vers chaque nouvelle étape. Le plus important est de travailler avec votre orthophoniste pour vous assurer que vous ciblez les bons sons et que cette approche fonctionnera pour votre enfant. Si vous pensez que votre enfant a des difficultés de parole, je vous recommande vivement de le faire évaluer par un orthophoniste dans votre région.



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